Comme toutes les îles océaniques, Europa est une destination difficile à atteindre pour les plantes qui ne disposent pas de moyen propre de déplacement. Courants marins, vent, oiseaux sont les seuls moyens de dissémination passive qui permettent l’arrivée de semences, boutures.. sur ces terres isolées. Mais, Europa est une rebelle à la colonisation : émergence récente des terres (quaternaire), courants marins peu favorables, climat subaride, substrat de calcaire corallien érodé en lapiaz, absence de sols évolués en ont singulièrement limité le peuplement végétal… Peu d’élus parmi les végétaux ont donc résolu cette implacable équation insulaire : arriver, germer, s’implanter, c’est-à-dire croître et se reproduire… Le peuplement naturel en plantes vasculaires ne dépasse pas quarante espèces…
L’homme, notamment à l’occasion de ses implantations durables dans l’île (exploitation du Sisal au début du XXe, installation de la station météo, des pistes d’aviation et du camp militaire) a amené avec lui un contingent presque égal de plantes introduites.
A la suite de courtes visites de quelques botanistes et naturalistes à Europa, 46 espèces de plantes vasculaires ont été observées depuis près d’un siècle (les premières données datent de 1904). La mission Europa 2006 a permis d’inventorier près de 70 espèces au total (donc environ 25 nouvelles pour l’île, des chiffres plus précis dépendant de l’examen d’un certain nombres de plantes critiques) et de corriger certaines déterminations préalables. En outre, elle a permis de découvrir les deux premières fougères de l’île (2 espèces d’Ophioglosse). Mais elle a surtout permis la première description et monographie de la végétation de l’île (202 relevés phytosociologiques et nombreux transects de végétation réalisés), dont on peut extraire les traits essentiels suivants :
– faible diversité de plantes, mais grande variété d’habitats, notamment de sansouires et de steppes saumâtres
– fortes affinités de la flore naturelle d’Europa avec la flore des régions subarides de Tuléar qui ont dû constituer la source du peuplement végétal naturel de l’île ; influences probables des autres îles Éparses dans les introductions de plantes , notamment au niveau de la piste actuelle d’atterrissage ;
– bon état général de conservation, à l’exception des forêts subarides intérieures à Euphorbia stenoclada, qui ont considérablement souffert des feux et des défrichements ;
– menaces d’invasions végétales apparemment faibles et limitées actuellement aux espaces perturbés par l’occupation humaine, impact actuel des chèvres encore difficile à cerner, mais probablement plus fort sur les espaces anthropisés que sur les végétations naturelles…

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