Mission BioReCIE 3 – Juan de Nova – du 5 au 17 décembre 2013

Missions scientifique Biorech avec le voilier Antsiva
Pascale Chabanet
Biologiste, directeur de recherche

directeur de recherche à la IRD La Réunion, UR Biocomplexité des écosystèmes coralliens de l’Indopacifique
Compétences scientifiques : écologie des récifs coralliens, impact des perturbations sur les coraux et poissons associés.

Thierry MULOCHAU
Chercheur

Biologiste marin – Co-directeur Aquarium de La Réunion

Lionel BIGOT

Themes de recherche : Ecologie récifale – Biodiversité et structure des communautés coralienne et faune de substrat meuble. Passionné de îles Eparses

Patrick Durville
Docteur en biologie marine

Spécialisé dans l’étude des poissons coralliens. Il a crée l’Aquarium de la Réunion en 2000 et en devient le responsable scientifique. Parallélement, il poursuit ses travaux de recherches en participant à plusieurs campagnes océanographiques sur les récifs de l’Océan Indien. Spécialiste en éthologie des poissons.

Corinne RUSSO
Ingégnieur d'étude en biologie marine

Spécialié dans le corail. Monitrice de plongée et cameraman sous-marin

Biologiste marin

Spécialisé dans l’étude de la faune des crustacés tropicaux pour l’outre-mer Française, les îles Eparses, La Réunion, la Nouvelle Calédonie, La polynesie Française….. Enseignant chercheur à l’école navale à Brest

Serge ANDREFOUET

Spécialiste de la télédetection des récifs coralliens dans toutes les régions corallienne du monde, mais surtout dans le Pacifiques. Réside en Nouvelle Calédonie, en tant que chargé d’étude de recherche à l’IRD

Océanographe biologiste

Spécialiste des Hydraires tropicaux (taxonomie, biologie et écologie des espèces). Chercheur associé du Laboratoire d’Ecologie Marine (ECOMAR) de l’Université de La Réunion

Enseignant Chercheur (MC) au Laboratoire d’Ecologie Marine (ECOMAR) de l’Université de La Réunion
Responsable des programmes de recherche Hydraires concernant la connectivité entre les îles du Sud-Ouest de l’Océan Indien

Lydiane MATTIO

Post. Doc Afrique du Sud, Cap Town University. Taxonomy, Philogeny & Biogeography des macro algues marines tropicales.

Mayalen ZUBIA

Maître de conférences à l’Université de Polynésie française depuis 2013.
Doctorat en écologie marine sur les algues invasives et proliférantes des récifs coralliens (2003, UPF).
Depuis 2003, ses recherches se focalisent à la fois sur l’écologie des macroalgues (taxonomie, biodiversité, indicateurs biologiques, prolifération et interaction avec le corail) et leur potentiel biotechnologique (molécules bioactives, culture) à travers le monde (Mexique, Tahiti, Nouvelle Calédonie, France, La Réunion).

Sébastien TURAY

Caméraman et photographe réalisateur de films documentaires à la Réunion

Monitrice de plongée / Plongeur professionnel

Maître de conférences de l’Université de la Réunion, laboratoire ECOMAR
spécialité: Génétique des populations

Jeudi 5 décembre

C’est dans les eaux brunes du port de Majunga qu’Antsiva attend l’équipe des scientifiques.
L’embarquement est programmé pour la marée haute de 16h, via un petit ponton délabré qui ne tient plus que par miracle. Mais nous sommes à Madagascar et malgré l’état déplorable des installations portuaires, la bonne humeur est toujours présente !
Avec l’aide de Jeff et Sebastien, nos deux nouveaux marins de choc, la montagne de bagages prend place à bord. Puis c’est au tour des scientifiques d’embarquer.
L’équipe est composée des mêmes participants, hormis deux nouveaux : Corinne qui remplace Martine pour la sécurité plongée et assiste Lionel sur les coraux et Serge, le «petit» nouveau qui n’a pas encore ses marques à bord d’Antsiva et est chargé de la cartographie des habitats récifaux.

Les retrouvailles sont bruyantes et chaleureuses. C’est le début d’une nouvelle mission et les toutes premières heures sont toujours marquées par un grand soulagement mêlé à une certaine excitation partagée par tous.

Mais, le temps de travail des scientifiques est précieux et l’objectif premier est d’atteindre Juan de Nova au plus vite. Aussi levons nous l’ancre aussitôt laissant l’équipe s’installer à bord, chacun retrouvant sa cabine et ses habitudes.

Vendredi 6 décembre

La navigation s’effectue tranquillement au moteur.
Une navigation particulièrement Zen permettant la lecture, le repos, les bavardageset les briefings ou encore le travail sur ordinateur.

Ces deux jours de traversée sont aussi pour les scientifiques un moyen de faire le point, une parenthèse dans le temps, un moment de décompression où ils lâchent prise sur les problèmes quotidiens et se consacrent aux derniers préparatifs de la mission.

Samedi 7 décembre

7h du matin, arrivée au mouillage de Juan de Nova. Nous prenons aussitôt contact avec les militaires pour leur signaler notre présence et éventuellement leur demander de l’aide pour le transport du matériel. Pas de chance, c’est la relève sur l’île et le nouveau contingent est attendu dans la matinée. Ils ont donc peu de temps à consacrer aux scientifiques. Ils parviennent néanmoins à se libérer avant l’arrivée du Transal et les bagages de l’équipe à terre sont transférés par tracteur jusqu’à l’ancienne gendarmerie.
Pendant ce temps, Serge et Lionel sont déjà au travail et effectuent une première station de cartographie non loin du mouillage.
En fin de matinée, Sébastien le journaliste cameraman, laissé sur l’île lors de la rotation précédente, nous rejoint et l’équipe au grand complet se trouve réunie pour un déjeuner à bord d’Antsiva.
L’après-midi, une première plongée Biodiversité est programmée alors que l’équipe à terre composée de Joseph, Nicky, Maya et Lydiane débarque pour installer leur laboratoire. L’ancienne gendarmerie située au nord de l’île va en effet constituer leur camp de vie et de travail pendant toute la durée de la mission. Cette base offre de grands locaux plutôt confortables mais présente l’inconvénient d’être éloignée de la caserne, ce qui implique de fréquents allers/retours aux heures des repas.
Ce soir, un grand pot d’accueil est prévu chez les militaires. Pascale s’y rend en compagnie d’une partie de l’équipe.
Dans la soirée, le vent se lève assez fort. La nuit promet d’être bien ventilée !

Dimanche 8 décembre

Au matin, le vent souffle toujours et la mer s’est creusée rendant la plongée impossible. Afin de ne pas perdre de temps, Plume, Lionel et Serge effectuent une station de cartographie en apnée.
Après le déjeuner, comme les conditions météo ne se sont pas améliorées, les plongeurs rejoignent l’équipe à terre pour travailler sur le platier à marée basse.
Pendant ce temps, afin d’améliorer les conditions de travail de l’équipe à terre, nous descendons deux kayaks et un congélateur. Les kayaks vont permettre aux scientifiques de se déplacer plus rapidement sur le platier car à Juan de Nova, les distances sont grandes et les marches avec de l’eau à mi-cuisse sous un soleil de plomb sont parfois éprouvantes. Le congélateur débarqué d’Antsiva et installé dans l’ancienne gendarmerie va fournir des pains de glace nécessaires à la conservation des échantillons.

Lundi 9 décembre

Le vent a faibli et une première plongée est prévue à vue du bateau avec Hélène, Serge et Thierry. Au programme, descriptif de l’habitat et GCRMN (Global Coral Reef Monitoring Network).
L’après-midi, l’équipe part pour une plongée Biodiversité à l’ouest mais un fort courant rend le travail difficile.

Mardi 10 décembre

Hélène et Serge sont les adeptes des plongées matinales. Serge en tant «qu’habitologue» doit en effet effectuer un maximum de stations de cartographie pour obtenir un descriptif des habitats le plus précis et le plus détaillé possible.
Vers 8 heures, Lydiane et Chloée nous rejoignent. Comme les autres années, elles partagent leur temps entre la collecte d’échantillons en plongée et le travail de laboratoire à terre. Ainsi, tous les matins, embarquent-elles à bord d’Antsiva. Aujourd’hui, Sébastien les accompagne. Il va suivre les plongeurs et tirer des images sous-marines de leur travail.

Nous levons l’ancre et partons pour le tombant nord. Sur Juan de Nova les stations de plongées sont toutes éloignées et situées à au moins 5 milles du mouillage. Aussi devons-nous déplacer Antsiva jusqu’à proximité de la station puis effectuer la mise à l’eau à partir des annexes.
Deux plongées à côté du bateau :
la première «Biodiversité et Cartographie»,
la seconde GCRMN.

Nous rentrons au mouillage le soir et Chloée, Lydiane et Sébastien débarquent pour retrouver l’équipe à terre.

Mercredi 11 décembre

Aujourd’hui, nous avons la bonne surprise de nous réveiller sur une mer d’huile, sans un souffle d’air. Des conditions idéales pour explorer le grand Sud, cette partie de l’île difficilement accessible car toujours battue par les vents.

Après la plongée matinale de Serge et d’Hélène, les filles nous rejoignent à bord et nous quittons le mouillage pour atteindre la première station vers 10h. Antsiva reste à la dérive pendant que les deux annexes s’approchent des brisants pour assurer la sécurité surface des plongeurs. Tout proche, sur le récif, là où se dresse encore la fière épave du charbonnier, les vagues déroulent leur longue traîne turquoise qui vient ensuite s’écraser dans un bouillonnement d’écume étincelant.
Deux plongées successives sont réalisées et nous quittons la zone pour rejoindre le mouillage avant la tombée de la nuit.

Ce soir, il se dégage de Juan une sérénité et un calme contagieux et nous ne nous lassons pas d’admirer le soleil disparaitre sur cet horizon flamboyant.

Il fait déjà sombre lorsque nous déposons les filles. La nuit risque d’être un peu courte pour nos deux courageuses !

Jeudi 12 et Vendredi 13 décembre

Nous bénéficions toujours de conditions météo exceptionnelles qui nous permettent pendant ces deux jours d’explorer les tombants nord-ouest et sud-ouest de l’île.
Sur chaque station, les scientifiques parviennent à réaliser leur triple objectif : Biodiversité, Descriptif de l’habitat et GCRMN.

Samedi 14 décembre

Décidemment, la bonne étoile qui veille au-dessus des deux mats d’Antsiva fait des miracles. Il fait de plus en plus beau. La mer est de plus en plus plate. Le ciel de plus en plus lumineux et l’eau de plus en plus limpide…
Aujourd’hui, nous allons explorer la pointe Ouest de l’île. Antsiva au mouillage est en apesanteur sur une eau cristalline avec les deux annexes toutes proches assurant la sécu surface.
Les scientifiques remontent de leur plongée le sourire aux lèvres. Ces deux plongées sont magnifiques offrant un foisonnement de poissons incroyable et une grande diversité de vie. Et toujours les requins omniprésents (une constante de toutes les plongées sur Juan de Nova) qui évoluent autour des plongeurs, les accompagnant même pendant leur palier de décompression.

Dimanche 15 décembre

Toujours du grand beau temps et toujours une mer d’huile. Antsiva comme tous les matins quitte son mouillage et nous partons pour une exploration du tombant Est. Après une première plongée, nous nous rapprochons de la pointe Est. Pendant qu’Antsiva reste à la dérive, les deux annexes accompagnent les plongeurs sur le récif où repose une très belle épave. Là encore, la plongée est magnifique et très riche.

Le soir, le gendarme et les deux officiers du contingent sont invités à prendre un verre à bord. Au moment de les raccompagner, il fait nuit et la marée est déjà très basse. Jeff arrive à les déposer à terre en annexe mais ne parvient pas à repasser en sens inverse. Après moult essais infructueux, il doit se rendre à l’évidence, il n’y a plus assez d’eau, il est coincé sur son annexe à attendre dans le noir la marée montante…
Nous demandons de l’aide aux militaires qui, très gentiment, remontent l’annexe sur la plage et lui offrent le couvert. Jeff poursuit sa soirée à la gendarmerie en compagnie de l’équipe à terre qui l’accueille à bras ouverts. Du rhum, des nanas et du chocolat … il n’en faut pas plus pour rendre un marin heureux !

Lundi 16 décembre

Aujourd’hui, Il est prévu qu’une partie des plongeurs rejoigne l’équipe à terre pour effectuer des stations sur le platier.
Tôt le matin pour profiter de la marée, Serge, Thierry et Patrick partent avec l’annexe blanche et vont retroiuver Joseph, Nicky et Maya qui les attendent à la gendarmerie.

L’annexe et les kayaks partent explorer l’immense platier qui se découvre complètement à marée basse.
Le marnage est important et le platier est tellement vaste que les embarcations sont forcées de s’échouer et d’attendre la marée montante sur le récif à sec pendant les heures les plus chaudes de la journée. Lorsque nos plongeurs rentrent à bord d’Antsiva, ils sont satisfaits de leur journée de travail mais passablement brulés par le soleil.

Mardi 17 décembre

Dernier jour de mission. Toutes dernières plongées avant le grand rangement.
L’annexe blanche est remontée à bord ainsi que les kayaks et le congélateur. A terre, les scientifiques s’activent pour fermer les malles qui partiront par le Transal et ranger le matériel qui réembarque à bord d’Antsiva.
Enfin, à 16 heures, tout le monde est à bord et tout est calé. Nous levons l’ancre une dernière fois et c’est sur une mer toujours aussi belle que nous quittons Juan de Nova. Juan et ses plages blanches, ses filaos et ses millions de sternes. Juan et son eau aux couleurs si changeantes. Juan et ses épaves, ses requins et ses raies mantas.
Un dernier coup de trompe pour saluer les militaires et nous n’aurons bientôt plus, dans notre sillage phosphorescent, qu’un minuscule point rouge qui rayonne au loin : le petit phare qui, pour les «aviateurs, marins, vaisseaux et caravelles, toutes les nuits à Juan étincelle….»

Ainsi s’achève le dernier volet de cette mission BioReCie (Biodiversité – Ressources et Conservation des récifs coralliens des îles éparses).
Nous avons suivi pendant 3 ans cette aventure à la fois scientifique et humaine et nous sommes heureux d’avoir participé à sa réussite et à la réalisation de ses objectifs

Un grand merci à vous tous pour ces 3 années de partage et d’échange où chacun a su nous intégrer dans l’équipe et prendre la patience et le temps de nous initier à ses travaux de recherches.

Et enfin, un immense merci à toi Plume pour nous avoir accordé ta confiance tout au long de cette aventure.

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