Inventaire et cartographie des récifs des Glorieuses

Missions scientifique Biorech avec le voilier Antsiva

Lieu : Les Glorieuses

Réalisée en 2012

Mission : BioReCie 2

Chef de mission : Pascale CHABANET - IRD Réunion

Malgré les crèmes , la peau est brûlée, prix à payer pour toucher du pied ces terres perdues et si belles que sont les îles éparses.
Cette appellation est étrange. Qui a décidé de nommer ainsi ces morceaux de planète  perdus dans le Canal du Mozambique ?
Elles sont lointaines, inaccessibles, interdites. On mesure la chance d’y être ,ce soir. Aux Glorieuses…Je pense à Jacques Brel et aux Marquises…
Nous préparons la plongée et Plouf , comme toujours dans les éparses, l’imprévu se montre: banc de perroquets à bosse.
Thierry est mon électron libre. D’habitude c’est Chloé, petite pensée pour elle…
Dernière plongée sur la « Dune ». On s’est limités à 30m , du bleu pour vos yeux…. Un énorme thon dents de chien un barracuda mais décidément pas et toujours pas de requins.
On regagne le bord et la quiétude d’Antsiva qui commence à tirer sur sa laisse; ça sent le large, ces bateaux là…Ca frémit dés la nuit, quand la veille le vent se lève, qu’il est 2h du matin, qu’il s’établit à 20 nœuds, qu’il crie et nous réveille. L’appel du large, le vent qui chante et nous joue sa mélodie d’évasion.
J’écris comme je vis depuis ce matin, penchée. Antsiva vogue sous voile. Qu’il est beau ce grand coureur !  On avance à 7 ou 8 nœuds,les 70 tonnes flirtent sur l’océan.

Mercredi 5 décembre

A 16 heures, tout le monde est à bord, le matériel est bien calé, Antsiva largue ses amarres.
L’organisation d’une mission est toujours une tâche lourde et difficile. Celle ci le fut plus particulièrement et c’est avec un certain soulagement que Pascale pose son sac à bord et souffle un grand coup pour évacuer le stress de ces dernières semaines. Mais déjà les collines de Nosy Be commencent à s’estomper et demain, nous serons aux Glorieuses !Comme on ne change pas une équipe qui gagne, tous les participants connaissent déjà bien le bateau et chacun reprend rapidement ses marques et ses cabines : les garçons à l’avant, les filles à l’arrière.
Chloé, empêchée par une vilaine phlébite manque à l’appel et nous pensons fort à elle.La nuit s’annonce douce et tranquille. Antsiva s’éloigne au moteur des côtes malgaches. Premier apéro à bord et premier dîner sous les étoiles.

Jeudi 6 décembre

Au petit matin, la mer se forme et la seconde partie de la navigation malmène quelque peu les estomacs les plus fragiles. Mais, déjà l’île se dessine à l’horizon et à 14h30, nous jetons l’ancre dans les eaux turquoise des Glorieuses. Du bleu, du bleu, rien que du bleu autour de nous. Cette arrivée est toujours aussi belle !
Nous prenons aussitôt contact avec les militaires pour effectuer les formalités. Toute l’équipe descend à terre. Joseph, Nicky et Maya commencent à installer leur laboratoire car ils logeront et travailleront à la station pendant toute la durée de la mission.
Le soir, l’équipe se retrouve réunie au complet pour un dîner et une nuit à bord d’Antsiva.

Vendredi 7 décembre

La nuit fut ventée et agitée. Les deux annexes cognaient à l’arrière du bateau et dans une manœuvre, notre marin Saïd est tombé au fond du bateau de plongée se blessant sérieusement.
Au matin, Saïd souffre toujours autant et Nico l’accompagne à terre pour voir l’infirmier de la base. Diagnostic: clavicule cassée. C’est la guigne !!!
Antsiva va être forcé de débarquer l’équipe des scientifiques et de faire un aller retour au plus vite jusqu’à Nosy Be afin d’y déposer Saïd qui a besoin de soins médicaux.
A 10 heures du matin, scientifiques et bagages sont à terre. Antsiva reprend la mer. Les militaires très serviables participent activement aux manutentions et transports en tracteur.
Toute l’équipe va travailler sur les platiers en PMT et sera logée à la station militaire n attendant le retour d’Antsiva.

Samedi 8 décembre

Après une navigation houleuse mais sans incident, nous arrivons au petit matin au Cratère. Juste le temps de déposer Saïd dans un taxi en direction de l’hôpital et nous reprenons aussitôt la mer pour un retour sur les Glorieuses. Nous espérons y arriver le lendemain matin afin que l’équipe des plongeurs puisse effectuer ses premiers travaux en plongée.

Dimanche 9 décembre

A 5 heures du matin, nous sommes en vue des Glorieuses. Nous appelons aussitôt la base militaire afin de prévenir les scientifiques de notre retour et qu’ils puissent ainsi organiser au mieux leur journée.
Tout le monde est déjà debout car ils ont prévu de partir travailler sur les platiers en profitant d’une marée basse matinale. A l’annonce de notre arrivée, changement de programme pour les plongeurs qui reviennent à bord aussitôt et vont effectuer deux plongées sur les deux stations les plus proches de l’embarcadère.
Nous sommes contents d’être retour parmi eux !
Lors de nos deux jours d’absence, nous étions cependant rassurés par la bonne entente qui s’est aussitôt installée entre l’équipe des scientifiques et les militaires. En effet, ces derniers ne se sont pas simplement contentés d’héberger Plume et son équipe sur leur base, ils se sont aussi mis en quatre et ont tout fait pour faciliter le travail des scientifiques et les assister de leur mieux en particulier dans toutes les manipulations et les transports de matériel et de personnes.. Et puis le soir, après une journée de travail bien chargée, chacun pouvait se retrouver pour une partie de pétanque ou un verre de bière autour du barbecue dinatoire !
Joseph, quant à lui a commencé ses rondes de nuit à la recherche de crabes des cocotiers. Il est persuadé de la présence de ces crustacés sur l’île et doit donc en trouver quelques spécimens. Le gendarme ou l’adjudant l’accompagne lors de ses rondes car il est facile de se perdre dans cette immense cocoteraie. Il a également préparé une affichette pédagogique à l’intention des militaires leur expliquant les raisons pour lesquelles ce crabe devait être protégé.

Lundi 10 décembre

Ce matin et comme tous les matins qui vont suivre, nous récupérons Lydiane et Hélène sur la plage. Elles embarquent à bord d’Antsiva et nous partons en direction du Sud-est de l’île où l’équipe des plongeurs souhaitent faire deux stations.
Les deux filles ont un emploi du temps bien chargé car elles se partagent entre les plongées de la journée et le travail du soir avec leur binôme resté à terre. Nous les embarquons donc tous les matins et les débarquons dans l’après-midi afin qu’elles apportent au laboratoire les échantillons collectés en plongée, échantillons qui seront traités le soir même. Très gentiment, l’adjudant propose le tracteur pour les véhiculer soirs et matins avec leur matériel.
Cette nuit, les recherches de Joseph ont été fructueuses puisqu’il a trouvé son premier crabe des cocotiers. Yeeessss ! Ca s’arrose !!!!

Mardi 11 décembre

Départ matinal pour Antsiva car les deux stations situées au Nord Est de l’île sont à deux bonnes heures de navigation et il faut être de retour assez tôt pour déposer les filles.
En fin d’après midi, l’équipe des plongeurs descend sur l’île et nous les accompagnons volontiers.
Alors que Martine et Patrick arpentent la plage et visitent le petit cimetière, nous accompagnons Lionel et Thierry qui rejoignent le camp. Le premier pour récupérer de l’alcool et des bocaux d’échantillonnage, le second sa brosse à dent oublié !!! No comment…
Au bout de vingt minutes de marche très agréable à l’ombre de la magnifique cocoteraie, nous arrivons à la station. Nous en profitons pour visiter le labo où nous y retrouvons Nicky, Maya, Lydiane, Hélène et Joseph en plein travail. Joseph nous montre les photos de son crabe de cocotier. Wouaa, qu’il est beau !
Trois petits lits Picot équipés d’une moustiquaire sont installés sous les filaos. C’est là, sous les étoiles que dorment Nicky, Maya et Joseph. Lydiane et Hélène ont préféré loger dans la chambre avec toilettes. Comme c’est également là que sont stockées les réserves d’eau, elles dorment sous des montagnes impressionnantes de bouteilles d’eau.
Une bière et une partie de pétanque plus tard, le soleil est déjà bas sur l’horizon et il est temps pour les « marins » de rejoindre le bord.
Le soir, Patrick et Thierry testent leur light trap. C’est un piège lumineux que l’on pose la nuit au fond de l’eau et qui est censé attirer toutes les larves. C’est une première expérience sur les Glorieuse.
Oups ! Patrick a oublié de bien arrimer le light trap. Il est bon pour une petite plongée de nuit afin de récupérer son matériel.
La nuit tombée, à la lueur du dispositif, la vie sous marine s’intensifie et nous observons de grandes ombres passer sous le bateau, dont certaines ressemblent fortement à celles de gros requins. Nous sommes tous fascinés par ce spectacle étonnant, ce ballet incessant de formes qui laisse libre court à l’imagination. Même la chatte est au bastingage scrutant avec intérêt ces mouvements nocturnes. Patrick retient quelques frissons en pensant à sa dernière plongée.
Mais ce soir, le spectacle est partout. En levant la tête, nous pouvons admirer une nuit magnifique. Une nuit sans lune et sans nuage ou seules scintillent des millions d’étoiles. Une nuit paisible où l’on pourrait bien rester les yeux au ciel jusqu’au petit matin.
Mais la nuit n’appartient pas qu’aux rêveurs ! Elle semble aussi appartenir plus prosaïquement au chasseur de crabes infatigable. Et oui, bravo Joseph, 2 nouveaux spécimens seront trouvés lors de cette belle nuit sans lune.

Mercredi 12 décembre

Au petit matin, suspense, on remonte le light trap. Patrick et Thierry n’en croient pas leurs yeux. La récolte nocturne dépasse toutes leurs espérances : des centaines de larves grouillent au fond de la bassine. Thierry s’empresse de les enfermer dans de l’alcool. De retour à la Réunion, Patrick va les étudier une par une, les identifier et les compter.

Aujourd’hui, il est prévu que scientifiques et militaires se rendent sur l’île du Lys à bord d’Antsiva.
A 7 heures, embarquement de l’équipe des « terriens » ainsi qu’un détachement de huit militaires. Ces derniers, en plus de leur paquetage, chargent une grande bâche pour dormir ainsi que des vivres pour deux jours. Une fois débarqués sur la petite île, leur travail va consister à faire un constat de l’état des lieux et surtout un grand nettoyage.

Pendant que les plongeurs effectuent leur première plongée, Nicky, Joseph et Maya descendent faire un premier repérage sur l’île.
Les sternes ont nidifié et la présence de milliers de poussins rend la marche difficile : il est quasiment impossible de pénétrer à l’intérieur de l’île. L’équipe trouve des restes de campement de pêcheurs braconniers. Des vieux matelas pourris, un congélateur rouillé, des cannettes de sodas et même des bananes encore intactes jonchent le sol. D’après les étiquettes des boissons, on imagine que ce sont des comoriens. Nicky est dégoutée par la saleté de l’endroit.
Pendant ce temps, à bord d’Antsiva, les militaires profitent d’un moment de détente pour se baigner dans une eau cristalline sur fond de sable.
A midi, tout le monde est à bord pour un grand déjeuner convivial et les 20 convives se serrent un peu autour du cockpit. Vers 14 heures, nous débarquons les 8 militaires sur l’île. Ils installent la grande bâche qui va leur servir d’abri pour dormir mais aussi d’abri contre le soleil car attention, sur l’île du Lys, l’ombre est rare.
A marée haute, les plongeurs partent faire une troisième plongée sur le trou bleu de platier, site particulièrement riche en petits poissons.
A bord d’Antsiva, un mini labo s’organise : Nicky installe son microscope binoculaire et Maya ses bacs de séchage et ses herbiers.
Le soir venu, Joseph et Patrick décident de passer la nuit à terre en compagnie des militaires. L’île du Lys pourrait aussi s’appeler l’île aux crabes tant ces derniers sont nombreux ! C’est le paradis pour Joseph qui évidemment ne peut laisser passer l’occasion d’une nuit blanche de traque !
Le reste de l’équipe reste à bord pour une soirée tranquille.

Jeudi 13 décembre

Nuit courte et mouvementée pour ceux qui sont restés à terre. « Putain de moineaux » jurent les militaires. En effet, poussins, sternes et crabes se sont relayés sans relâche pour grimper sur les dormeurs et piailler à leurs oreilles toute la nuit.
A 7 heures du matin, la marée basse n’attend pas. Tout le monde descend à terre pour un travail sur les platiers. De grosses fumées noires s’élèvent dans le ciel. Les militaires brulent les déchets. A midi, toute l’équipe se retrouve une nouvelle fois réunie à bord pour le déjeuner. Joseph, fatigué par une nuit blanche et brûlé par un soleil sans pitié tente de se reposer. Alors, l’île du Lys, enfer ou paradis ?
Enfer vraisemblablement pour les militaires qui réembarquent visiblement épuisés par leur expédition. « Putain de moineaux… » restera un juron dans les anales de l’île!
La soirée à bord est arrosée au rhum Bologne qui cogne. Et Hop ! Tout le monde au lit à 9h

Vendredi 14 décembre

Dans la matinée, nous profitons d’une petite heure de libre pour descendre à terre nous dégourdir les jambes sur la plage. Mais nous ne restons pas loin du bateau car les premiers grains se profilent à l’horizon des Glorieuses. Nous ne pouvons qu’admirer ce fabuleux choc des couleurs, ce contraste quais irréel entre le bleu turquoise du lagon qui se reflète dans le gris du ciel chargé de pluie.
Ce soir, à la station, c’est l’anniversaire d’un jeune de 23 ans. Antsiva prépare un gâteau pour l’occasion. L’ambiance est à la fête et les 5 scientifiques restés à terre y participent. Bien sûr, Maya n’est pas toujours à l’unisson pas avec cette franche camaraderie masculine typiquement militaire, mais elle fait bonne figure.
A bord d’Antsiva, à la tombée de la nuit, des hôtes pas franchement bienvenus s’invitent pendant toute la soirée. Il s’agit de centaines et de centaines de fourmis volantes qui envahissent l’espace, se collent à tout et tombent dans la nourriture. Pour tenter de limiter leurs venues, nous dînons à la lueur des bougies.
La soirée se poursuit à l’avant du bateau où l’équipe se retrouve pour observer les étoiles filantes et le ciel une nouvelle fois magnifique.
La nuit fut un peu plus mouvementée et nous subissons le premier gros grain au mouillage. Vent, pluie, tonnerre et éclairs nous rappellent que nous sommes en période cyclonique.

Samedi 15 décembre

Ce matin, un vent persistant retarde un peu le programme prévu. Finalement, à 9 heures, les deux annexes peuvent partir en direction des Roches Vertes. A leur bord, l’équipe au complet va effectuer une exploration à terre et sur le platier.
Martine qui officie en tant que dinghy woman sur la seconde annexe revient quelque peu cuite à point par le soleil de son expédition.
Un nouveau déjeuner réunit toute l’équipe à bord d’Antsiva. Puis, alors que les plongeurs se préparent, les « terriens » rentrent à la base. J’en profite pour faire une petite ballade à terre, sur des sentiers qui cheminent à l’ombre des cocotiers.

Dimanche 16 décembre

Ce matin, Patrick et Thierry relèvent pour la seconde fois leur light trap. La nouvelle récolte est tout autant satisfaisante. A première vue, il y a un peu moins de larves mais un plus grand nombre d’espèces.
Une petite partie de l’équipe retourne sur les Roches vertes effectuer leur dernier travail sur le platier. Hélène et Lydiane restent tranquillement à bord. Elles ont quelques BD à finir !
En fin de matinée, une plongée est prévue sur le tombant derrière le bateau. Dernière plongée et cette fois ci sans objectif de travail, de comptage ou de collecte.
L’après midi est consacré au rangement du labo ainsi qu’à des ballades à terre.
Toute l’équipe est invitée pour une grande soirée BBQ à la station. Pour agrémenter et surtout varier la viande quotidienne des militaires, Antsiva apporte quelques filets de thazard.
Nous restons à bord pour surveiller le bateau. Les grains se multiplient et la nuit est particulièrement venteuse.
Pour sa dernière nuit de traque, Joseph est heureux, il a trouvé un crabe femelle avec des œufs. La reproduction du crabe des cocotiers sur l’île des Glorieuses est assurée.

Lundi 17 décembre

7 heures, c’est la dernière rotation du tracteur qui ramène toute l’équipe à bord.
Il pleut sur les Glorieuses. Le temps d’admirer une dernière fois le reflet du lagon dans les nuages et Antsiva lève l’ancre.
Au large, nous apercevons deux barques qui font route à toute vitesse. Nous en informons les militaires. Il s’agit très certainement de pêcheurs qui viennent braconner sur l’île du Lys. Une rotation du Transal prévue pour aujourd’hui pourra survoler la zone et confirmer ce fait.
Mais bien vite, notre regard est attiré par d’autres gerbes d’écume : un banc de globicéphales est venu saluer notre départ et nous souhaiter bon vent. Alors, hisse et haut matelot, on met les voiles et cap sur Nosy Be ! Cette navigation sera décidément riche en rencontres : deux baleines très retardataires et surtout un banc d’orques vont croiser notre sillage. Sans compter l’espadon qui vient se prendre à notre ligne…

Mardi 18 décembre

Arrivée au petit matin au mouillage du cratère. C’est l’heure du rangement, des bagages à faire et des vols à confirmer. Quelque soit la compagnie aérienne, les avions ont toujours autant de mal à tenir leurs horaires sur Madagascar. Et nos 10 voyageurs voient tous leur départ retardé de plusieurs heures.
Il faut prendre son mal en patience. La matinée est consacrée à la visite de la ville et aux diverses petites courses. Un ultime déjeuner à bord pour déguster l’espadon de la veille et c’est l’heure pour notre équipe de choc de quitter le bord, l’heure des au revoir et des promesses de revenir.
C’est vrai, on était bien avec vous et le bateau semble soudain bien vide une fois votre montagne de bagages débarquée !

Un grand merci à vous tous pour avoir partager avec nous votre bonne humeur et un peu de votre passion.
Un grand merci spécial à Plume pour avoir eu la ténacité d’aller jusqu’au bout et d’avoir, contre vents et marées, réussi à mener à bien cette mission.

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