Pourquoi les tortues reviennent pondre sur leur lieu de naissance ? épisode 2

Les tortues aux Glorieuses

Lieu : Les Glorieuses et le banc du Geyser

Réalisée en 2009

Chef de mission : Simon BENHAMOU CNRS Montpellier

Et oui, nous voilà parti pour une nouvelle mission. On pourrait croire qu’au bout de la quatrième on est blasé, on s’ennuie. Mais une mission dans les Eparses est une éternelle aventure, une nouvelle expérience humaine, un nouveau challenge. On y part les yeux pleins de rêves, on en revient la peau pleine de sel, bruni d’un soleil sans pitié, et les yeux pleins d’espoir pour l’avenir de la planète, une planète saine, pure, simple et belle, où nous les hommes nous pourrions vivre en harmonie et dans le respect d’une nature accueillante et foisonnante.

Une mission sur Antsiva, c’est aussi et surtout une nouvelle aventure humaine, un lieu d’échange, d’écoute, sans préjugés, un lieu de sympathie, de rigolades, d’émotions, d’admiration… à l’image de ce requin tigre de 4 mètres évoluant paisiblement entre les deux annexes, ou encore cette danse des tortues en reproduction dans l’eau turquoise, au pied de la goélette, dure réalité d’une reproduction où la bataille des mâles pour la femelle se fait avec rage, mais probablement passion aussi…
Alors une mission dans les éparses sur Antsiva, c’est tout simplement un enchantement, un rêve démesuré qui se transforme en réalité, communion de la nature et de l’homme qui révèle sans écart notre nature. Comment être blasé face à cette existante réalité ? Alors restons humbles face à ces expériences, et profitons de chaque instant comme si c’était le dernier.

…et du scientifique

Avant d’embarquer, une phrase trottait dans ma tête, surtout en tant que responsable de mission : « Extrêmement dense cette mission Glorieuses 2009, va falloir gérer… ». Et c’est ce que nous avons fait.
D’abord sur les tortues vertes en reproduction, l’espèce Chelonia mydas. L’objectif de ce premier volet est de comprendre comment les tortues marines arrivent à retrouver leur site de naissance – un peu à l’image du saumon – pour à leur tour déposer des œufs, seuls garants de la pérennité de l’espèce. Champs magnétiques, odeur ? Pas de réponse pour l’instant. Pour d’élucider le mystère, nous avons capturé 12 tortues sur la plage en phase de ponte et sur lesquelles nous avons mis des balises Argos pour suivre leur trajets en pleine mer ; certaines avec des aimants, d’autres non, le but étant de voir si les champs magnétiques brouillent leur sens de l’orientation lorsqu’on les déplace en mer. Les premiers résultats semblent indiquer que non… il faudra injecter les données dans de puissant logiciel pour confirmer ces premiers résultats.

Ensuite, sur les tortues immatures, qui trouvent dans les eaux des Glorieuses, un parfait habitat de développement. L’objectif de cette mission était de capturer 50 tortues vertes immatures, de les marquer, de les peser, de les photo-identifier.
L’intérêt d’une telle approche est de pouvoir étudier leur rythme de fréquentation, leur temps de résidence et de croissance. Restent-elles 1 an, 5 ans sur ces sites ? Grossissent-elles de 1 cm par an ? De 10 ? Autant de questions qui sont fondamentale pour mettre en place des plans de gestion efficace pour protéger ces espèces en dangers. Nous avons pu capturer 42 tortues vertes, et mis en évidence que le taux de croissance était de l’ordre d 1.5cm par an et que certaines était là depuis 2005… 4 ans.

Enfin, le dernier volet était relatif au poisson : existe-t-il des liens entre certaines espèces trouvées aux Glorieuses et ces mêmes espèces à Mayotte ? À la Réunion ?
Pour ce faire, l’objectif était de capturer 50 poissons de 3 espèces différents pour des prélèvements génétiques. L’outil génétique est un puissant outil pour comprendre les liens pouvant exister entre des populations. Dans ce cadre, il va nous permettre de comprendre dans quelle mesures, les aires marines protégées du sud ouest de l’océan Indien sont liées – ou non, entre elles.
Ce type de réponse nous permettra de mettre en évidence si la structuration actuelle du réseau des aires marines du sud ouest de l’océan Indien est bien constituée ou s’il est nécessaire d’en créer de nouvelles pour affiner le maillage et optimiser la protection des ressources marines.

Nouvelle mission à bord d’Antsiva. Certains commencent à connaitre le bateau par cœur. D’autres sont pour la première fois les bienvenus à bord. Comme d’habitude, l’équipe des turttle-men se précipitent sur la cabine avant mais une mauvaise surprise les attend : les caisses à tortues sont déjà installées sur le pont, obstruant ainsi tous les capots et ouvertures de la cabine et transformant leur vaste chambre aérée en un four infernal. Il va faire chaud là dedans !!!!

Nous levons l’ancre immédiatement pour les Glorieuses. Arrivée en fin de matinée le lendemain. Les scientifiques se mettent aussitôt au travail. Deux équipes se mettent en place ayant chacune des objectifs bien différents.
Au programme, collecte de petits poissons, capture et bagage de jeunes tortues pour une première équipe. Plongées et manipulation hyper spectrale pour la seconde équipe.
Et bien sûr, la nuit les deux équipes se mobilisent pour arpenter les plages des Glorieuses à la recherche de grosses tortues femelles qui seront capturées, embarquées à bord, parquées dans les caisses puis relâchées avec une balise Argos sur le dos à une centaine de milles de leur lieu de ponte.

La première nuit blanche est fructueuse : 6 tortues sont déjà attrapées. Aussitôt embarquées et emmaillotées dans leur grand sac à riz, elles se retrouvent sagement coincées dans leur caisse. Le temps de coller les dernières balises et de poser les derniers aimants, nous quittons les Glorieuses au coucher du soleil pour la première rotation. En raison des risques de pirateries qui existent en ce moment sur les îles des Seychelles, nous optons pour une route sud-ouest. Le vent nous est favorable et nous naviguons à la voile une bonne partie de la nuit. A midi, le lendemain, les 6 tortues sont libérées et retrouvent avec bonheur leur élément naturel. Les balises Argos ont été activées, le pistage peut commencer…

Après une nouvelle nuit de nav’, nous retrouvons le mouillage des Glorieuses. Et le travail des scientifiques reprend. Le « jumping turttle » fait toujours autant d’émules et tout le monde à l’occasion de s’essayer avec plus ou moins de succès à ce sport désormais bien connu d’Antsiva : activité qui consiste à courser en annexe des tortues juvéniles, puis à leur sauter dessus et à les capturer en attrapant leurs pattes avant.

Après 6 jours passés aux Glorieuses où chacune des équipes travaille de façon intensive , il est temps de programmer la seconde nuit de capture de tortues adules. Cette fois ci, deux nuits seront nécessaires pour attraper les 6 tortues. Et cette année, les manipulations de ces grosses bêtes ne sont pas facilitées par le tracteur des militaires.
Mais l’équipe commence à être bien rodée et la deuxième rotation s’effectue sans soucis. Est ce sous l’effet de la chaleur et de leur journée supplémentaire passées dans les caisses, mais les tortues sont particulièrement sages et tranquilles et noue ne les entendons pas de toute la traversée. Après les avoir relâchées au petit matin, Antsiva met le cap sur le banc du Geyser où de nouvelles manipulations hyper spectrales sont programmées. Pendant ce temps, l’équipe d’Ifremer chasse les petits poissons. Pas facile de flécher des poissons dont la taille n’excède pas 2cm !!!

Et c’est le retour vers Madagascar. Pour la dernière soirée, nous mouillons à la Baie des Russes où Mayeul et Jean-Pascal vont fêter dignement leurs anniversaires : ¼ de siècle pour le premier, le double pour le second. Soirée arrosée avec un cadeau spécial pour Mayeul et tous les jeunes fous du bord : Jérôme, Hugues, Mayeul et Rafaël se lancent dans une partie de surf et wake tirés par l’annexe sous le clair de lune de la baie des Russes. La nuit retentit de leurs cris de joie et nous distinguons leurs silhouettes évoluer dans des gerbes de planctons fluorescents. Magique !

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