Jérôme BOURJEA

jérome Bourjea

Cadre de recherche, Ifremer Sète

Et oui, nous voilà parti pour une nouvelle mission. On pourrait croire qu’au bout de la quatrième on est blasé, on s’ennuie. Mais une mission dans les Eparses est une éternelle aventure, une nouvelle expérience humaine, un nouveau challenge. On y part les yeux pleins de rêves, on en revient la peau pleine de sel, bruni d’un soleil sans pitié, et les yeux pleins d’espoir pour l’avenir de la planète, une planète saine, pure, simple et belle, où nous les hommes nous pourrions vivre en harmonie et dans le respect d’une nature accueillante et foisonnante.

Une mission sur Antsiva, c’est aussi et surtout une nouvelle aventure humaine, un lieu d’échange, d’écoute, sans préjugés, un lieu de sympathie, de rigolades, d’émotions, d’admiration… à l’image de ce requin tigre de 4 mètres évoluant paisiblement entre les deux annexes, ou encore cette danse des tortues en reproduction dans l’eau turquoise, au pied de la goélette, dure réalité d’une reproduction où la bataille des mâles pour la femelle se fait avec rage, mais probablement passion aussi…
Alors une mission dans les éparses sur Antsiva, c’est tout simplement un enchantement, un rêve démesuré qui se transforme en réalité, communion de la nature et de l’homme qui révèle sans écart notre nature. Comment être blasé face à cette existante réalité ? Alors restons humbles face à ces expériences, et profitons de chaque instant comme si c’était le dernier.

…et du scientifique

Avant d’embarquer, une phrase trottait dans ma tête, surtout en tant que responsable de mission : « Extrêmement dense cette mission Glorieuses 2009, va falloir gérer… ». Et c’est ce que nous avons fait.
D’abord sur les tortues vertes en reproduction, l’espèce Chelonia mydas. L’objectif de ce premier volet est de comprendre comment les tortues marines arrivent à retrouver leur site de naissance – un peu à l’image du saumon – pour à leur tour déposer des œufs, seuls garants de la pérennité de l’espèce. Champs magnétiques, odeur ? Pas de réponse pour l’instant. Pour d’élucider le mystère, nous avons capturé 12 tortues sur la plage en phase de ponte et sur lesquelles nous avons mis des balises Argos pour suivre leur trajets en pleine mer ; certaines avec des aimants, d’autres non, le but étant de voir si les champs magnétiques brouillent leur sens de l’orientation lorsqu’on les déplace en mer. Les premiers résultats semblent indiquer que non… il faudra injecter les données dans de puissant logiciel pour confirmer ces premiers résultats.

Ensuite, sur les tortues immatures, qui trouvent dans les eaux des Glorieuses, un parfait habitat de développement. L’objectif de cette mission était de capturer 50 tortues vertes immatures, de les marquer, de les peser, de les photo-identifier.
L’intérêt d’une telle approche est de pouvoir étudier leur rythme de fréquentation, leur temps de résidence et de croissance. Restent-elles 1 an, 5 ans sur ces sites ? Grossissent-elles de 1 cm par an ? De 10 ? Autant de questions qui sont fondamentale pour mettre en place des plans de gestion efficace pour protéger ces espèces en dangers. Nous avons pu capturer 42 tortues vertes, et mis en évidence que le taux de croissance était de l’ordre d 1.5cm par an et que certaines était là depuis 2005… 4 ans.

Enfin, le dernier volet était relatif au poisson : existe-t-il des liens entre certaines espèces trouvées aux Glorieuses et ces mêmes espèces à Mayotte ? À la Réunion  ?
Pour ce faire, l’objectif était de capturer 50 poissons de 3 espèces différents pour des prélèvements génétiques. L’outil génétique est un puissant outil pour comprendre les liens pouvant exister entre des populations. Dans ce cadre, il va nous permettre de comprendre dans quelle mesures, les aires marines protégées du sud ouest de l’océan Indien sont liées – ou non, entre elles.
Ce type de réponse nous permettra de mettre en évidence si la structuration actuelle du réseau des aires marines du sud ouest de l’océan Indien est bien constituée ou s’il est nécessaire d’en créer de nouvelles pour affiner le maillage et optimiser la protection des ressources marines.

Et s’il n’y avait que ça… un autre groupe de scientifique nous accompagnait. Eux aussi avaient leur programme à mener….

Mission vécues avec Antsiva

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